Dans notre précédent article, nous expliquions pourquoi la gestion de l’eau à Lathuile repose sur un partenariat technique avec le Grand Annecy, tout en conservant la pleine maîtrise communale des décisions.
Aujourd’hui, nous souhaitons apporter des précisions sur :
- le choix d’avoir interconnecté notre réseau avec celui de Doussard ;
- l’évolution du tarif appliqué aux consommations liées à l’activité estivale ;
- notre vision pour sécuriser durablement l’alimentation en eau de la commune.
Une ressource locale performante… mais limitée en période d’étiage
Lathuile distribue environ 110 000 m³ d’eau potable par an sur son réseau communal, dont 82 000 m³ sont facturés aux usagers.
L’usine d’ultrafiltration peut produire jusqu’à 720 m³ par jour, mais ce volume dépend directement du débit de la source de la Balme, limité à 691 m³/jour en période d’étiage (basses eaux estivales).
Le 10 août 2025, jour de pic de consommation annuelle, 653 m³ ont été produits par l’usine d’ultrafiltration, flirtant avec la limite disponible. En été sec, la demande boostée par le tourisme approche ainsi la ressource disponible.
Face au changement climatique qui aggrave les sécheresses, il faut anticiper les pénuries plutôt que de les subir, pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable.
Pourquoi l’interconnexion avec Doussard est une solution pertinente et responsable ?
Les différents captages de Doussard disposent d’autorisations préfectorales cumulées de 4 200 m³ maximum/jour soit 1 533 000 m3/an
Le volume réellement pompé en 2022 est de 342 279 m³ soit une moyenne journalière de 938 m³, le pic estival était de 1 600 m³/jour
Même en plein été, le prélèvement pour les besoins propres de Doussard ne représente que 38 % des prélèvements maximum autorisés.
La commune de Doussard respecte très largement ses autorisations et dispose d’une marge réglementaire importante.
En cas de difficulté temporaire sur notre source ou sur notre usine d’ultrafiltration, l’interconnexion avec Doussard constitue donc une solution :
- elle est immédiatement mobilisable,
- techniquement sécurisée
- et ne nécessite pas d’investissement supplémentaire important.
Les trois interconnexions existantes entre le réseau de Lathuile et celui de Doussard (Chaparon, Bout du Lac et route des Vignettes) ont coûté à notre commune environ 150 000 € d’investissement.
Elles sont aujourd’hui opérationnelles, testées et mobilisables à tout moment.
Ces choix ont été faits avec une vision de long terme.
Nous ne voyons pas pourquoi il faudrait aujourd’hui réinvestir massivement dans de nouvelles infrastructures alors que les équipements de sécurisation existent déjà et remplissent pleinement leur rôle.
Par ailleurs, agrandir un réservoir ou en créer un nouveau ne créerait pas d’eau supplémentaire.
Notre source atteint déjà quasiment son maximum de production en période d’étiage.
Augmenter la capacité de stockage sans augmenter la ressource disponible n’apporterait aucune solution structurelle.
À titre d’exemple, le nouveau réservoir d’Arnand construit à Doussard en 2025 pour un volume de 1 250 m³ représente un investissement d’environ 2 millions d’euros hors taxes.
Un tel montant serait extrêmement difficile à mobiliser pour une commune comme la nôtre (sinon en augmentant fortement le prix de l’eau potable pour tous les habitants de Lathuile), d’autant plus si l’utilité technique n’est pas démontrée.
Notre responsabilité est donc claire :
- utiliser intelligemment les infrastructures déjà financées
- éviter des investissements lourds sans bénéfice réel sur la ressource
- préserver l’équilibre financier de la commune
La Fontaine de la Charrue : pourquoi cette option n’est ni nouvelle ni réaliste
La Fontaine de la Charrue n’est pas une idée nouvelle.
Une étude technique indépendante a déjà été réalisée en 2023 par un cabinet spécialisé.
Ses conclusions sont sans ambiguïté : dans sa configuration actuelle, le site n’est pas favorable à la création d’un captage, notamment en raison de l’impossibilité d’instaurer les périmètres de protection réglementaires exigés par la préfecture et des contraintes sanitaires identifiées.
Le périmètre de protection immédiate engloberait le camping voisin (le Pôlé), ce qui rendrait sa mise en œuvre impossible dans les conditions réglementaires exigées (acquisition foncière et interdiction totale d’activités).
Le périmètre de protection rapprochée impacterait également tout ou partie du même site, avec des contraintes fortes sur les activités et des travaux de mise en conformité particulièrement lourds.
Présenter aujourd’hui cette option comme une solution simple et rapide revient à passer sous silence des éléments techniques majeurs déjà établis, ainsi que les coûts importants et les incertitudes juridiques qui y sont liés.
Avant même toute autorisation, les études préalables représenteraient un budget estimé entre 60 000 et 100 000 €, sans garantie d’aboutir.
La gestion de l’eau potable ne peut pas reposer sur des approximations : elle exige rigueur, études préalables et respect du cadre réglementaire.
Pourquoi la commune a fait évoluer le tarif appliqué aux consommations liées à l’activité estivale
Le choix d’ajuster la part variable pour les consommations volumineuses liées à l’activité estivale n’a pas été pris pour stigmatiser qui que ce soit.
Il répond à une réalité démographique objective :
Lathuile passe d’environ 1 000 habitants à l’année à près de 4 000 personnes en période estivale.
Cette forte augmentation saisonnière entraîne :
- des pics de consommation importants ;
- une pression accrue sur notre unique ressource ;
- un besoin de sécurisation renforcé.
Nous avons fait le choix clair de ne pas faire porter cette pression sur les habitants de Lathuile
Plutôt que d’augmenter le tarif pour tous, toute l’année, nous avons ajusté la part variable pour les consommations liées à l’activité estivale, qui concentrent l’essentiel des volumes supplémentaires en période touristique.
Ce mécanisme permet :
- de préserver un tarif maîtrisé pour les foyers à l’année ;
- de faire contribuer indirectement l’activité saisonnière à la sécurisation de la ressource ;
- d’encourager une gestion plus responsable des volumes consommés.
Cette politique de tarification différenciée en dessous ou au-dessus de 200 m3/an a été depuis appliquée à toutes les communes du Grand Annecy, y compris à Duingt, commune très proche de la nôtre tant sur le plan géographique que sur le plan touristique.
Moderniser nos réseaux : un engagement concret
Certaines conduites anciennes subsistent, notamment à Saury (années 1940) et sur une portion à Chaparon.
Le remplacement des conduites de Saury est prévu en 2027, lors de l’enfouissement des réseaux secs.
Le prochain mandat devra poursuivre :
- la rénovation progressive des canalisations les plus anciennes ;
- la surveillance fine des fuites ;
- le maintien d’un bon rendement du réseau.
Notre usine d’ultrafiltration nécessitera également le remplacement des filtres selon le cycle prévu, pour un budget estimé autour de 70 000 €.
La récupération des eaux de pluie : une démarche déjà engagée
La récupération des eaux de pluie est une solution pertinente pour limiter l’usage d’eau potable lorsque cela est possible.
La commune n’a pas attendu les débats actuels pour agir.
Une citerne de 8 000 litres a déjà été installée aux services techniques de la commune afin de récupérer les eaux de toiture pour l’arrosage des massifs communaux.
Ce dispositif permet d’économiser de l’eau potable et de réduire la pression sur le réseau en période sèche.
Nous encourageons également les habitants à s’équiper individuellement pour stocker les eaux de toiture, comme cela a déjà été rappelé dans un bulletin municipal.
Ces initiatives individuelles contribuent concrètement à préserver la ressource.
Il ne fait guère de doute que, dans les années à venir, d’autres épisodes de tension sur la ressource en eau sont à prévoir.
Des restrictions ponctuelles pourraient devenir une réalité lors des périodes de sécheresse.
La sobriété et l’adaptation feront partie des réponses.
En revanche, il est difficilement envisageable pour une petite commune de financer massivement la totalité de l’installation de récupérateurs d’eau de pluie chez l’ensemble des particuliers sans fragiliser d’autres priorités budgétaires.
Notre rôle est d’encourager, d’informer et d’accompagner mais aussi de gérer l’argent public avec prudence et équité.