À Lathuile, nos bassins ne sont pas de simples infrastructures : ils sont une richesse patrimoniale unique, fruit du labeur collectif de nos anciens. Symbole d’un passé rural vivant, ils méritent d’être préservés avec respect tout en s’adaptant aux défis actuels du réchauffement climatique. Unis pour Lathuile, nous proposons de valoriser cet héritage tout en protégeant notre ressource en eau pour les générations futures. Focus aujourd’hui sur le réseau du Nanceau, qui alimente les bassins de Chaparon, La Porte et Chevilly.

Un peu d’histoire : le réseau du Nanceau, construit en 1904

Ce réseau de bassins, dont l’eau est captée directement sur le ruisseau du Nanceau, a été réalisé en 1904 avec des conduites ciment pour alimenter en eau potable trois secteurs du village appelés alors : « Chevilly du milieu », « chez les Tournier » et « Chaparon ». À cette époque, les habitants de Lathuile ne disposaient d’aucun réseau d’eau courante dans leurs habitations. Ces bassins, comme tous les autres du village, étaient le seul moyen de distribuer de l’eau potable à l’ensemble de la population, alors d’environ 370 âmes, dont 180 sur ce secteur.

La construction s’est accompagnée de l’installation de bassins en granit robuste, remplaçant les anciens modèles en bois devenus vétustes. L’opération a coûté à la collectivité 18 000 francs-or de l’époque (une somme importante équivalant à environ 83 000 euros actuels) soit plusieurs années de budget de fonctionnement communal ! Une solidité plus que centennale qui force le respect : bravo et chapeau à nos anciens pour cette réalisation durable, pensée pour le bien collectif et les générations à venir.

Ces bassins étaient bien plus que des points d’eau : lieux vitaux pour l’abreuvement du bétail, le lavage du linge, ils étaient aussi des espaces de sociabilité et de convivialité emblématiques où l’on se rafraîchissait les pieds en été.

Aujourd’hui, tous les Lathuiliennes et Lathuiliens bénéficient heureusement d’une eau potable peu chère, de qualité sanitaire irréprochable, disponible à toute heure au robinet. La plupart des bassins sont devenus des éléments d’ornement, utilisés pour arroser les jardins ou faire boire nos animaux domestiques.

Ce legs centenaire mérite aujourd'hui une adaptation intelligente face à la sécheresse.

Adaptation au réchauffement climatique et aux sécheresses récurrentes

Depuis plusieurs années, les alertes sécheresse se multiplient en Haute-Savoie, avec une fréquence et une durée en accélération. Les pouvoirs publics ont mis en place un système de vigilance pour préserver les ressources en eau, en priorisant les usages essentiels. Ces mesures, prises sous l’autorité des préfets via des Comités Ressources en Eau (CRE) qui se réunissent chaque semaine, s’appuient sur des données scientifiques précises : débits des cours d’eau, niveaux des nappes phréatiques, indice d’humidité des sols et prévisions météo.

Les 4 niveaux d’alerte sécheresse

  • Niveau 1 : Vigilance
  • Niveau 2 : Alerte (déjà atteint plusieurs fois dans notre secteur)
  • Niveau 3 : Alerte renforcée
  • Niveau 4 : Crise

Dès le niveau 2 (Alerte), l’alimentation en circuit ouvert des fontaines publiques et privées d’ornement est interdite, sauf dérogations validées par le CRE pour l’abreuvement des animaux d’élevage par exemple (comme pour le bassin de la ferme de Chevilly).

Pourquoi la préfecture instaure-t-elle ces mesures ?

La préfecture édicte cet arrêté-cadre sécheresse pour anticiper les pénuries et préserver la ressource en eau pour tous, évitant une crise où l’eau viendrait à manquer faute d’anticipation précoce. Ces restrictions graduées, basées sur des données scientifiques précises (débits réels des cours d’eau et niveaux des nappes), nous protègent collectivement. Un effort partagé limite fuites et évaporation, maintenant les débits de nos cours d’eau essentiels pour la faune et la flore en aval, ainsi que la recharge des nappes phréatiques. 

Ainsi, l’effort partagé de chacun garantit une eau abondante demain, sans conflits entre usages humains et protection des écosystèmes aquatiques et environnants.

Questions fréquentes

Une question revient malgré tout souvent : « Pourquoi arrêter les bassins, puisque l’eau finit par retourner au lac par les trop-pleins ? »
L’eau prélevée dans le ruisseau du Nanceau pour alimenter ce circuit est en réalité gaspillée de plusieurs façons :

  • Fuites dans les conduites anciennes.
  • Évaporation importante dans les bassins, amplifiée par les fortes chaleurs (20-60% de pertes possibles).
  • Prélèvements individuels, qui retirent l’eau du cycle naturel.

Mais surtout, avant d’atteindre le lac, cette eau devrait naturellement nourrir l’écosystème du ruisseau aval : elle permet d’abreuvoir la faune, la flore riveraine et s’infiltre pour recharger les nappes phréatiques le long de son cours. En la détournant vers les bassins, on prive ces milieux vitaux de leur flux essentiel, créant assecs, mortalité animale et sols appauvris – un risque majeur en période de sécheresse.

Autre question fréquente : « Pourquoi certains bassins restent-ils ouverts ? »

Actuellement, la fermeture s’effectue au niveau des répartiteurs communs, ce qui pose problème. Par exemple, le bassin de la ferme de Chevilly bénéficie d’une dérogation pour activité agricole (abreuvement du bétail), mais deux autres bassins reliés au même répartiteur restent ainsi alimentés par défaut. Cela crée des situations injustes et des gaspillages inutiles. C’est précisément pourquoi Unis pour Lathuile propose d’installer des vannes individuelles au pied de chaque bassin : on pourra fermer précisément ceux non prioritaires, tout en maintenant l’eau pour les usages dérogés. L’ouverture ponctuelle de tous les bassins sera ainsi rendue possible, notamment pour préserver leurs joints. 

On peut également entendre: « Le volume prélevé dans le Nanceau est minime, pourquoi fermer les bassins ? »

En période normale, oui, c’est négligeable. Mais en période de sécheresse, les 8 bassins principaux du réseau captent 40% du débit vital du Nanceau !

Chiffres concrets (mesurés le 27/01/2026) :

  • débit d’un bassin 0,5 litre/seconde.
  • débit pour les 8 bassins = 4 l/s.
  • En été le débit du Nanceau en basse eau est de 10 l/s voire moins en période sévère

Lorsque le réseau reste ouvert en période de basses eaux, cela représente à minima 40% de la rivière du Nanceau aspirée pour alimenter les bassins.

À titre de comparaison, chaque jour, ce sont 345 m³ d’eau qui traversent nos seuls bassins du Nanceau, soit environ le double de la consommation totale d’eau potable des 1 100 habitants de Lathuile sur une journée d’hiver.

Encore une fois, fermer les bassins en période de sécheresse, c’est rendre son débit au ruisseau et éviter tous les risques cités précédemment.


Des dérogations sont donc possibles

Oui, mais seulement pour des préjudices environnementaux ou économiques importants. La commune a déjà obtenu:

  • Dérogation pour le bassin de la ferme de Chevilly (abreuvement du bétail agricole).
  • En 2025, ouverture nocturne (20h-8h)  des bassins deux fois par semaine, comme à Giez – la préfecture ayant refusé des mesures plus souples.

Les risques en cas de non-respect

Une commune qui ne respecte pas les arrêtés s’expose à des amendes jusqu’à 7 500 € pour chaque infraction constatée. L’exemple de Doussard en 2022, sanctionnée pour avoir arrosé des massifs de fleurs en période interdite, montre que les contrôles (par l’Office Français de la Biodiversité ou la gendarmerie) sont réels.

Certains habitants suggèrent que la commune s’oppose à la préfecture en maintenant les bassins ouverts malgré l’obligation. Rappelons les droits et devoirs du maire : les arrêtés préfectoraux (police spéciale de l’eau, art. L.211-3 CE) sont exécutoires et opposables ; le maire doit les appliquer sous peine de sanctions personnelles (amende, responsabilité). Il peut prendre des mesures plus strictes (police générale, salubrité/sécurité, art. L.2212-2 CGCT) ou demander des dérogations motivées (préjudice économique/environnemental), mais jamais les contourner sans exposer la commune à des astreintes et le maire à des poursuites. 

Protéger Lathuile, c’est respecter la loi pour des solutions durables pour tous ses habitants.

Ce qui a déjà été fait pour préserver ce patrimoine

La commune a multiplié les initiatives pour préserver ce réseau de bassins :

  • Cartographie et numérisation des plans de tous les réseaux de bassins (2012).
  • Coordination avec un référent local à Chaparon (P. Mermaz).
  • Travaux d’entretien majeurs du captage du Nanceau en 2015, par les services techniques aidés d’un chantier de jeunes.
  • Protection des répartiteurs par cadenas pour éviter l’anarchie des prélèvements (avant, chacun augmentait « son » bassin au détriment des autres).
  • Création d’un alimentation secondaire pour le bassin historique Chalamel, dont la source s’était tarie.
  • Récupération aux archives départementales du dossier des travaux de 1904, pour une connaissance précise du réseau et pouvoir assurer un meilleur entretien.
  • Réunion de concertation et visite des installations avec les pétitionnaires de l’été 2025.
  • Dérogations demandées et obtenues auprès de la préfecture (ferme de Chevilly ; ouverture certaines nuits en 2025).

La vision d’Unis pour Lathuile : moderniser sans dénaturer

Toute l’équipe Unis pour Lathuile propose un plan d’actions ambitieux pour adapter ces réseaux aux enjeux climatiques, tout en préservant leur âme patrimoniale :

  • Équiper chaque bassin de vannes manuelles au pied (pour ceux qui n’en ont pas encore) : cela permet de laisser de l’eau stagnante en période de sécheresse, évitant que les joints ne sèchent et ne se fissurent, sans alimenter le circuit en continu pour respecter un arrêté de fermeture. Les répartiteurs restent ouverts laissant les canalisations en eau. Cela permet également de laisser uniquement les bassins dérogés ouverts.
  • Réparer les fuites sur certains bassins.
  • Installer des réducteurs de débit pilotables (manuels ou à distance) aux répartiteurs et au captage, pour diminuer le débit.
  • Renforcer la communication et la pédagogie : 
  • organiser des visites guidées des installations en lien avec les ambassadeurs du village.
  • Réunion publique avec des représentants officiels de la préfecture et de l’Office Français de la Biodiversité en début de saison estivale.
  • Constituer un réseau de référents locaux non élus : ils participeront activement à la modernisation, l’entretien et la coordination de ces réseaux de bassins, pour une meilleure intégration et une responsabilisation collective face à cet enjeu local.

Comme nos anciens : un choix collectif pour demain

Nos aïeux ont investi massivement en 1904 pour un bien commun, au service de tous et des générations futures. Aujourd’hui, fermer ou adapter les bassins l’été, c’est perpétuer leur esprit : protéger la rivière du Nanceau et son écosystème, éviter le gaspillage d’eau et se préparer pour offrir aux générations futures un lieu de vie durable où il fait bon vivre ensemble.

Préservons notre patrimoine vivant, rendons-le résilient face aux enjeux de l’avenir.

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